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Bilan 2000
Indice de materias

Les chiffres de 1999
 
 

Chef de l’État : Fidel Castro
Capital : La Havane
Superficie : 11000 km²
Population : 11,1 millions
Monnaie : peso cubain (0,37 francs)
Densité : 100 hab. / km²
Fécondité : 1,6 enf. / femme
Espérance de vie : 75 ans

Indispensable tourisme

Alors que la relation conflictuelle avec les Etats-Unis se cristallisait durant de longs mois de l’an 2000 sur l’odyssée de l’enfant balsero Elián González, l’économie cubaine a poursuivi sa croissance à un rythme ralenti par rapport à l’année précédente. Selon le vice-président Carlos Lage, responsable des dossiers économiques, le PIB a progressé d’un peu plus de 5 % en 2000, contre 6,2 % en 1999. Le triplement des prix du pétrole et l’effondrement des cours internationaux du sucre, qui demeure le principal produit d’exportation cubain, ont creusé le déficit de la balance des opérations courantes qui a dépassé les 7,6 milliards de francs, soit une augmentation de plus de 100 % par rapport à 1999. Ce déficit équivaut au montant des importations alimentaires de l’île.
Bouée de sauvetage du socialisme cubain, depuis la disparition du bloc socialiste, le tourisme est la principale source de devises avec les fonds envoyés par les émigrés à leurs familles. Le nombre de visiteurs, en majorité européens a augmenté de 7 %, mais chacun d’entre eux a moins dépensé lors de son séjour à Cuba en raison notamment de la dépréciation de l’euro. Les recettes brutes du tourisme sont restées inchangées, représentant 14,4 milliards de francs. Depuis son regain, au début des années 90, le secteur touristique a créé plus de 250 000 emplois directs et indirects. D’une moyenne d’âge de 35 ans, les employés du tourisme jouissent d’un niveau de vie supérieur au reste de la population grâce aux pourboires en devises. Pour faire face aux difficultés de trésorerie liées au renchérissement de la facture énergétique, les autorités ont manifesté leur volonté d’accélérer la renégociation de la dette extérieure avec les pays membres du Club de Paris. Un accord multilatéral avec celui-ci permettrait à Cuba d’accéder à des prêts à moyen terme moins coûteux que les financements à court terme auxquels l’île reste condamnée. Le Japon, l’Argentine, la France et l’Espagne figurent parmi les principaux créanciers de Cuba dont la dette extérieure atteint 83,6 milliards de francs, sans compter l’endettement auprès des pays qui formaient l’Union soviétique. Sur le plan bilatéral, Cuba a obtenu le rééchelonnement de sa dette avec l’Allemagne, le Japon et le Royaume-Uni.
La récolte sucrière a atteint 4,06 millions de tonnes, en progression de 7 % par rapport à 1999 grâce aux efforts mis en œuvre pour rationaliser l’outil de production. Mais la chute des cours du sucre a provoqué une baisse d’au moins 1,1 milliard de francs de recettes en devise par rapport à 1999. Affectée par une longue période de sécheresse, la prochaine zafra ne devrait guère augmenter alors que les cours mondiaux se sont redressés. La bonne tenue des cours du nickel et l’augmentation des exportations de tabac ont, en partie, compensé le manque à gagner de la récolte de sucre.
Grâce à de nouveaux investissements étrangers sous forme de joint-ventures, la production de pétrole a augmenté de 25 %, atteignant 3 millions de tonnes. Lourd et sulfureux, le brut extrait à Cuba est utilisé dans les centrales électriques et permet de produire plus de la moitié de l’électricité consommée dans l’île. Une campagne d’économies d’énergie et le recours croissant au gaz naturel ont permis de limiter les importations pétrolières.
Lors d’une visite à Caracas à la fin octobre, où il a été chaleureusement reçu par son homologue vénézuélien Hugo Chávez, Fidel Castro a signé un accord énergétique permettant à Cuba de recevoir 53 000 barils de pétrole par jour, le tiers environ de la consommation de l’île, à des conditions préférentielles. Plus du quart de ces fournitures bénéficie de crédits à quinze ans à un taux bonifié de 2 %. L’accord prévoit que Cuba pourra régler une partie de sa facture pétrolière sous forme de biens et de services, par exemple en envoyant des médecins et des entraîneurs sportifs au Venezuela.
Le processus de réformes économiques engagé depuis 1993 a surtout profité aux investisseurs étrangers qui ont créé près de 400 entreprises mixtes dans les secteurs les plus porteurs comme le tourisme, l’énergie, le nickel et les télécommunications. Le secteur bancaire a été modernisé, et un effort a été entrepris pour améliorer la gestion et l’efficacité des entreprises publiques. Mais le développement des entreprises individuelles, concentrées dans la restauration, a été freiné. La dollarisation d’une partie de l’économie cubaine a aggravé l’inégalité entre ceux qui ont accès au billet vert et le reste de la population, qui survit difficilement en pesos cubains.
Pour combattre les « tendances à l’égoïsme et à l’individualisme » de plus en plus manifestes dans la société cubaine, les autorités ont lancé une nouvelle « offensive idéologique ». Alors que le président russe, Vladimir Poutine, a effectué à la mi-décembre une visite remarquée, l’interminable querelle avec les Etats-Unis, qui en dépit de la forte pression des milieux d’affaires n’ont toujours pas levé leur embargo, a servi de prétexte à une mobilisation permanente de la population. A l’occasion de la longue bataille pour le retour de l’enfant balsero Elián González, La Havane a dénoncé la politique migratoire des Etats-Unis, affirmant qu’elle incitait les Cubains à risquer leur vie à bord de dangereuses embarcations en permettant à ceux qui arrivent jusqu’aux côtes de Floride d’obtenir l’asile.
 
 

Jean-Michel Caroit (Bilan du Monde, édition 2001; S.A. Le Monde)